Journal D'une Apparition
- Revue de Presse

Novembre 2016

Robert Desnos n'a jamais cessé d'inspirer les musiciens. Le trompettiste Serge Adam, la guitariste Christelle Séry et la chanteuse Tania Pividori ont choisi d'adapter le recueil Corps et biens pour leur spectacle Journal d'une apparition. Le poète avait lui-même mis en sons un de ses rêves en 1938... Robert Desnos n'a jamais cessé d'inspirer les musiciens. Poulenc, Milhaud, Wiener, Kosma, Lutoslawski, Dutilleux, Reibel et bien d'autres n'y ont pas résisté. Sur le label GRRR l'accordéoniste Michèle Buirette en chante plusieurs dans l'album Le Panapé de Caméla, et du spectacle Comment ça va sur la Terre ?, ma préférée reste Le zèbre chantée par Elsa. J'ai moi-même accompagné à l'orgue et effets électroniques les comédiens Arlette Thomas et Pierre Peyrou disant du Desnos lors du spectacle d'inauguration du Théâtre Présent à La Villette en 1972 !

Aujourd'hui, davantage tourné vers la pluridisciplinarité et les performances ineractives, intégrant improvisation, écriture et technologie, Serge Adam développe des projets de rencontres, où l'interaction devient plus construite, tout en restant instinctive.
Serge Adam développe une nouvelle approche de la composition musicale en utilisant les machines comme le prolongement Desnos prête à jouer. Les amateurs de facéties trouvent facilement dans ses poèmes matière à interprétations et digressions. En 1983, avec Un Drame Musical Instantané, nous avions intégré dans notre création policière La peur du vide le rêve que Desnos avait lui-même mis en sons pour la radio en 1938.
Le trompettiste Serge Adam, la guitariste Christelle Séry et la chanteuse Tania Pividori ont choisi d'adapter le recueil Corps et biens pour leur spectacle Journal d'une apparition. Les paysages sonores et les évocations inventives accompagnant les textes déclamés me convainquent plus que les chansons à trois voix pas toujours très justes, mais l'ensemble se tient, surtout lorsque l'électronique ou l'électricité viennent assumer l'intemporalité de la poésie de Desnos. Pistons, cordes et effets vocaux donnent aux poèmes des allures animales de dessin animé dont l'espièglerie ne cache jamais la gravité.
Publié par Desnos en mai 1930, après son éviction du groupe surréaliste par André Breton et la mort de son amour impossible, la chanteuse Yvonne George qu'il n'oubliera jamais, Corps et biens rassemble des poèmes écrits pendant les dix années précédentes, manière de passer à autre chose. Breton lui reproche son narcissisme, ce qui est plutôt cocasse venant de lui. Desnos refuse ses oukazes. Aragon en remet une couche : « Le langage de Desnos est au moins aussi scolaire que sa sentimentalité. Il vient si peu de la vie qu'il semble impossible que Desnos parle d'une fourrure sans que ce soit du vair, de l'eau sans nommer les ondes, d'une plaine qui ne soit une steppe, et tout à l'envi. Tout le stéréotype du bagage romantique s'adjoint ici au dictionnaire épuisé du dix-huitième siècle. […] Les lys lunaires, la marguerite du silence, la lune s'arrêtait pensive, le sonore minuit, on n'en finirait plus, et encore faudrait-il relever les questions idiotes (combien de trahisons dans les guerres civiles ? ) qui rivalisent avec les sphinx dont il est fait en passant une consommation angoissante. Le goût du mot « mâle », les allusions à l'histoire ancienne, du refrain dans le genre larirette, les interpellations adressées à l'inanimé, aux papillons, à des demi-dieux grecs, les myosotis un peu partout, les suppositions arbitraires et connes, un emploi du pluriel […] qui tient essentiellement du gargarisme, les images à la noix... » Mais ce que ses anciens camarades lui reprochent, n'est-ce pas ce qui en fait tout le suc ?!

De la poésie encore ! Qui s’en plaindra ? Dans ce projet en trio, Serge Adam et ses deux complices féminines, Tania Pividori et Christelle Séry s’empare goulûment de textes de Robert Desnos. Une chouette escapade musicale assez débridée où la musique rebondit sur le mots du poète avec un esprit de liberté qui rend ce disque captivant.


Décembre 2016


Avril 2016

Bien des écrivains de la mouvance surréaliste eurent des relations privilégiées avec le jazz et ses acteurs. Mais dans ce domaine Robert Desnos occupe une position singulière, voire privilégiée. Si, contrairement à Jean Cocteau ou Pierre Reverdy, il n'enregistra pas ses propres textes sur une musique de jazz, il fut en revanche un critique de disques assidu dans la presse d'avant-guerre (voir les écrits de Yannick Séité dans la revue Europe, «Jazz & littérature», n° 820-821, 1997 ; et dans son livre Le Jazz à la lettre, PUF, 2010). C'est donc un juste retour des choses musicales que ce disque où les compositions et improvisations de ces trois artistes font écho aux textes de Desnos. Dérives oniriques, images inattendues et humanité foncière s'insinuent dans la musique qui, en retour magnifie sa source d'inspiration.

Texte parlé, proféré ou déclamé, mis en chanson aussi, vapeurs de Brésil, contrechant de trompette en sourdine, l'objet sonore est musicalement et stylistiquement inclassable, à ceci près que seul l'univers du jazz semble autoriser cette liberté. Le scratch électronique fait bon ménage avec des intervalles distendus ou des chromatismes troublants. Le bruitisme mystérieux fait écho aux assonances hermétiques. Les jeux sonores offerts par la mise en espace acoustique portent haut et loin la fantaisie verbale et la hardiesse prosodique. Bref, de plage en plage, la poésie est amoureusement servie par ce trio hétérodoxe, avec le grain de folie douce qui sied à cette sorte de projet. Réussite donc, à coup sûr.
Xavier Prévost

Trumpetista, skladatel a elektronik Serge Adam patří mezi nejvýraznější jazzové novátory ve Francii. (Mimochodem: kompozici studoval u Solange Anconaové, žákyně Messiaena a Scelsiho.) V roce 1991 založil vlastní label Quoi De Neuf Docteur, zachycující nové trendy v jazzu. Od roku 1994 zde vydává také jeho trio Les Amants De Juliette, hrající osobitou fúzi world-music, elektronického minimalismu a free-jazzu. V roce 2000 sestavil Adam další trio, které je spjato dokonce s Prahou; okouzlen návštěvou matičky měst trio pojmenoval Hradcany!


Février 2017

Ethno-jazz jako řemen, byť mu aktéři říkají imaginární folklór, tvořený volnou improvizací. Před šesti lety založil soubor Up To 1970, což je návrat k davisovskému jazz-rocku a´la Čubčí lektvar. A právě zde se setkal s kytaristkou Christelle Séry; ta je od roku 1997 členkou Ensemble Cairn, věnující se soudobé vážné hudbě. Soubor má za sebou čilou spolupráci třeba s Laurentem Dehorsem, Quatuor Lutetia a s Taniou Pividori, třetí protagonistkou desnosovského projektu. Tato zpěvačka, skladatelka, improvizátorka a básnířka soustavně posunuje hranice zpěvu, přičemž se věnuje též lidové hudbě (např.ve vokálním kvartetu Sanacore). V nejnovější Adamově nahrávce ožívá surrealistický duch básníka Roberta Desnose (který zemřel v Terezíně na tyfus měsíc po skončení 2.světové války). Po hudební, výrazové stránce album osciluje mezi šansonovými, místy až kabaretními písněmi, nebo naopak hlasovým pitvořením, a elektrokustickými zvukovými plástvemi tvořenými recitací, trubkou, kytarami a laptopem, z něhož se vylupují mnohdy až industriálně drsné rytmické vzorce. Je tady zároveň jasně patrná paralela mezi volnou hudební improvizací a automatickým psaním, typickým pro surrealistické texty. V tomto případě jsou zhudebňovány hrozny slov z Desnosovy sbírky Corps et biens. Shluky slov slouží často vlastně jako partitura... Na padesátiminutovém albu se střídají vypjaté, až vyšinuté recitace, někdy osamocené, nebo podmalované (velmi jemně řečeno) značně rozvolněnou hudbou. Sem tam pohladí šansonový zpěv s jasnou melodickou linkou (De Marenne a´Cancale, A la faveur), operně dramatický (Au mocassin le verbe, Idéal maitresse) či dokonce blíže folku a´la Voňková-Andrtová (Chanson de chasse). V každém tracku na posluchače vyskočí něco zneklidňujícího, až drásavého. Například rozrýpaný rytmus (Dormir – Les espaces du sommeil), hororové skřípění (L´Asile ami), scratching (Coeur en bouche), free-jazzové postupy (C´était un bon copain), nabroušený jazz-rock s hendrixovsky zašpiněnou kytarou (A la faveur de la nuit) nebo noisové zhutnění (Si tu savais). A samozřejmě nechybějí výtečné sólové party trubky a elektrické či akustické kytary, pojaté v neobyčejné výrazové šíři. Dobrodružství poslechu od první do poslední vteřiny!
Jan Hocek


Mars 2017

Robert Desnos est l’une des voix du XXe siècle, une voix qui s’incarnait dans les lettres et les vers, dont le caractère rythmique et chantant apparaît à la moindre lecture, fût-elle pour soi-même. Une voix qu’il décrivait ainsi : « Les tornades tournent dans ma bouche ». C’était dans le recueil Corps et Biens, paru en 1930, dans sa période la plus proche de l’Internationale Surréaliste. De ce livre magnifique, où la plupart des poèmes sont écrits dans une demi-conscience, le trio où s’impose le trompettiste et électronicien Serge Adam a fait un disque. Ou plutôt le Journal d’une Apparition, qui baguenaude d’atmosphères fantomatiques (« L’asile ami ») en chanson réaliste (« De Marennes à Cancale ») avec une certaine agilité.

Pour l’accompagner dans cette aventure, Adam s’est entouré de deux personnalités aux franges de la musique contemporaine et de celle dite « du monde ». Christelle Séry, qu’on avait vu fugacementaux côtés de Laurent Dehors, est guitariste et chanteuse. Elle parvient à stimuler des illusions auditives étouffantes pour « L’Ode à Coco » ; elle offre aussi sur le bel « Idéal Maîtresse » des ornementations exemplaires au sprechgesang halluciné de Tania Pividori. Celle-ci, habituée des chants traditionnels italiens et camarade de jeu de figures de la musique improvisée telles Mirtha Pozzi ou Maggie Nicols, est en terrain familier au creux des mots de Desnos. L’orchestre sait donner à chacun des textes une identité propre, habillée à merveille par toute une batterie d’effets et de pédales, mais aussi une technique vocale irréprochable et une trompette aux velléités atmosphériques. Le jeu de Serge Adam est le liant, l’ingrédient indispensable pour que les univers surréalistes (pour une fois qu’on peut utiliser ce mot correctement !) de Desnos prennent vie. Dès « Maître des Pals », qui ouvre l’album, on se souvient que le trompettiste a été au début de l’aventure d’Archimusic, et l’on retrouvera ce goût pour la théâtralité qui fait songer aux 13 arpents de Malheur. C’est sur le célèbre « P’Oasis », que Desnos dédia à Aragon, que le trio livre sa plus belle interprétation, et « Les Pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux » sont décidément bien cultivées par ces musiciens qui livrent un disque singulier et attachant.
Franpi Barriaux

Article JAZZ'N'MORE - MAI 2017